Carnaval de Fort-de-France, Martinique

LE CARNAVAL DE FORT-DE-FRANCE

Moins fameux qu’à Trinidad, plus musclé qu’en Guadeloupe, le remarquable carnaval de Fort-de-France brasse rires, musiques et couleurs qui s’entremêlent pendant 4 jours. Tout autour de la Savane (la place principale), la ville est en fête. L’on se retrouve sur le malecón (la « jetée ») et sur l’herbe pour déguster poulet, acras, poisson grillé. Officiellement, le carnaval débute à l’Epiphanie pour se poursuivre jusqu’au Mercredi des Cendres, à minuit. Toutefois, les martiniquais ont cru bon d’allonger sa durée d’un jour en dépit du mécontentement de l’église.

Quand : du 15 au 18 février 2015.

Affluence : Environ 100 000 personnes enregistrées pour le Mardi Gras et 70 000 pour le Mercredi des Cendres.

Durée : 4 jours.

Principaux attraits :

  • La « bradjak » : vieille voiture chargée de carnavaliers et décorée d’un thème d’actualité ; les bradjaks avancent groupées et font énormément de bruit.
  • Le « vidé » : consiste à suivre un groupe à pied. Par moment la foule qui participe au vidé, s’arrête et laissant une bonne distance ; puis, spontanément et frénétiquement, la foule remonte en courant pour rejoindre le groupe de tête.
  • Sa majesté Vaval, roi du carnaval : un mannequin géant (bwa-bwa) présenté sur un char et promené dans la ville. Il symbolise une cérémonie en l’honneur du Dieux des Enfers. Chaque année, Vaval est créé en fonction d’une thématique liée à un fait politique ou social.
  • Le défilé nocturne en pyjama,
  • L’élection des reines,
  • Les concours de chansons,
  • Les jours gras,
  • Les mariages burlesques,
  • Les diables rouges ornés de cornes de bovins sur la tête et de morceaux de miroirs cassés sur le corps dorent dans les rues.

Durée de la parade : 4 heures.

Longueur du défilé : 2,6 km.

Prix : gratuit.

Température moyenne : 28°C.

Niveau de difficulté : 1/5.

L’esthétisme du carnaval : C’est un esthétisme de renversement, de détournement et de bricolage. Ce sont des haillons, des habits, des objets divers, abandonnés, que l’on transforme et qui deviennent le support du beau.

Symbolique des thèmes (4 jours, 4 thèmes) :

  • Dimanche Gras : Fête multicolore, implosion de couleurs
  • Lundi Gras : Fête de l’inversion (homme/femme – haut/bas – etc.)
  • Mardi Gras : Fête du rouge avec notamment les diables rouges
  • Mercredi des Cendres : Dress code noir et blanc, c’est la mort de Vaval. Cette thématique qui revient chaque année facilite l’accès à la participation de chacun.

Historique : Le carnaval de Martinique est né de la rencontre des cultures européennes et africaines. On retrouve en effet des influences amérindiennes très marquées, en particulier les fêtes des moissons, pour signifier les origines païennes du carnaval, fête dédiée à la fécondité et la fertilité. Au 17e siècle, lorsque les colons français débarquèrent au Nouveau Monde, ils apportèrent avec eux leurs coutumes. Ils célébraient le carnaval en se recevant, proposant à leurs convives des réceptions masquées. Il s’agissait d’une période de fêtes, d’orgies et de déguisements. Il fit ses premières apparitions à Saint-Pierre chez le Gouverneur du Parquet, qui recevait le Mardi Gras au château de la Montagne. Le chemin pour y parvenir, montait tout droit de l’église du Fort à sa résidence en passant parmi es habitations.

À l’origine, les esclaves ne pouvaient participer à ces réjouissances carnavalesques. Ils prirent cependant l’habitude d’imiter leurs maîtres et se reçurent dans leur quartier en développant leur propre carnaval (chants, masques, couleurs). Le carnaval était un moment de liberté, autorisé par le maitre, et exclusivement sur son lieu d’habitation. Il devint aussi rapidement un exutoire pour les esclaves qui profitaient du bal masqué pour se moquer de leur maître et revendiquer leurs droits… Leurs croyances, alors interdites, trouvaient dans le carnaval un moyen d’expression qui leur permettait d’une façon dissimulée, en se cachant derrière des masques africains, de se réapproprier leurs divinités, leur spiritualité, leur musique. Il devient alors un carnaval enrichi par leurs coutumes et croyances et de leur musique (tambours, flûtes des mornes, cha-cha, ti-bois)

Les esclaves trouvaient dans la trêve du carnaval le moyen d’un retour vers une dimension vraie, ce dont ils avaient particulièrement besoin pour survivre et résister au système qui les opprimait. Ce n’est qu’à partir de l’abolition de l’esclavage en 1848, que les affranchis purent défiler en dehors de la propriété de leur maître. La société se structure alors sur les fondements de la liberté et le carnaval émerge comme une entité visible de l’expression pluriculturelle de cette société coloniale. Ce sont essentiellement les descendants d’esclaves qui apporteront des modifications importantes au carnaval, qui lui donneront sa particularité et sa force.

Le carnaval de Saint-Pierre atteint sa renommée dans le dernier quart du 19e siècle et voit poindre les traces d’une expression culturelle, sociale et vivante, lorsque les masses populaires, libérées du joug de l’esclavage, ont pu enfin jouir et participer pleinement à ce grand moment de liesse et de défoulement. Le carnaval se prépare tout au long de l’année, non seulement physiquement, mais aussi spirituellement, afin de permettre à leurs créateurs d’adhérer pleinement à cette aventure unique qui deviendra leur chef d’œuvre. Toutes les barrières sociales, tous les interdits vont être solennellement levés pendant toute la durée du carnaval. C’est par la chanson que les Pierrotins s’expriment le mieux. Les chansons de Saint-Pierre pourraient être classées en deux grandes catégories : les chansons politiques et les chansons satiriques et coquines.

Le 8 mai 1902, la terrible éruption de la montagne Pelée qui détruisit la ville de Saint-Pierre, marqua l’arrêt momentané du carnaval. Une fois la période de deuil respectée, les martiniquais repensèrent de nouveau à fêter le carnaval. C’est en 1906 à Fort-de-France, désormais capitale de la Martinique, que reprirent les festivités carnavalesques qui envahirent de nouveau les rues et la Savane. Ce fut le début d’une ère nouvelle pour le carnaval de la Martinique. Loin de mourir sous les cendres de la Montagne Pelée, le carnaval est toujours bien vivant. Chaque année, il revit, se structure et s’améliore afin de conserver sa grande popularité auprès des martiniquais.

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